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CHRONIQUE: La peur des loups, mythes et réalité

26 mars 2012

CHRONIQUE: La peur des loups, mythes et réalité - Julien Cabana - 4 février 2012

Julien Cabana – Journal de Québec – 4 février 2012

Avec l’arrivée en salle du film Peur Grise, la crainte des humains envers le loup est ravivée plus que jamais. Les spécialistes sont toutefois catégoriques à ce sujet : l’homme n’est pas une proie pour le loup, contrairement à ce que le film laisse croire.

Il faut dire que, dès les premières images, lorsque Liam Neeson abat un loup qui charge en courant sur des travailleurs, la direction qu’emprunte le réalisateur est sans équivoque : il veut présenter une image démoniaque du loup, qui attaque l’homme sans raison, simplement pour le plaisir de le tuer et de le dévorer.

« Pour avoir côtoyé les loups depuis de nombreuses années, je puis vous certifier que nous ne sommes pas une proie naturelle pour ce prédateur redoutable, explique Rolland Lemieux, qui a trappé et capturé des milliers de loups pour leur peau, mais surtout pour des travaux de suivi télémétrique. Lorsque nous capturons un loup pour lui installer un collier, je dirais que, dans 95 % des cas, lorsque nous approchons, le réflexe de l’animal en sera un de soumission. Il s’écrase au sol comme un chien, sans bouger. Comme chez tous les animaux sauvages, il peut arriver que certains se montrent agressifs, mais, au départ, le loup va fuir l’homme. Il ne craint pas l’homme, mais au lieu de l’affronter, parce que nous sommes un de ses prédateurs, il va plutôt fuir. »

Des rencontres spéciales

Au cours de sa carrière, ce spécialiste a eu à vivre des expériences hors de l’ordinaire avec les loups. Si on se fie au propos du film, ces expériences auraient dû entraîner sa mort.

« Un jour, alors que je suivais des loups par télémétrie, je me suis retrouvé devant un gros arbre creux où il y avait des poils de loup. Je me suis bien rendu compte que c’était la tanière. Tout à coup, trois louveteaux sont sortis de l’arbre. Très rapidement, mon appareil s’est mis à émettre un son très puissant, ce qui signifie que les adultes étaient là, tout près. Jamais ils ne m’ont menacé. »

Grande spécialiste du loup au ministère des Ressources naturelles et de la Faune (MRNF), Hélène Jolicœur, aujourd’hui retraitée, a relaté dans ses travaux une rencontre avec trois loups en pleine forêt.

« Depuis le début de l’hiver, je suivais des pistes de loups à la recherche de carcasses de chevreuils et d’excréments. Reprenant mon souffle, appuyée sur un arbre, j’entendis tout à coup un cri lancinant, un cri anormal, le genre de cri qui doit précéder la mise à mort d’une bête. Je suis resté figée un long moment à essayer d’identifier la nature de ce cri quand, soudain, je vis à quelques mètres de moi des buissons s’agiter au bord d’un petit ravin.

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