Simon Diotte > Saint-Zénon: la capitale mondiale de la mouchetée

Saint-Zénon: la capitale mondiale de la mouchetée

6 juin 2011

Article de Simon Diotte et tiré de Cyberpresse

(Saint-Zénon) À partir de Montréal, il ne faut qu’une heure et demie de voiture pour arriver à Saint-Zénon, mais le contraste entre la ville et la campagne est total. Une seule route, la 131, traverse le village du nord au sud. Dès que l’on s’en écarte, on plonge dans le bois, empruntant des chemins forestiers cahoteux.

Ici, le samedi soir, il n’y a pas grand-chose à faire, à part admirer les étoiles et se raconter… des histoires de pêche. Et ça, il s’en vit en abondance dans le coin. Les Zénoniens profitent d’un territoire de près de 500 km2 parsemé de plus de 200 lacs. Quatre pourvoiries et deux zones d’exploitation contrôlée (ZEC) y proposent des aventures sur les fiefs d’anciens clubs privés.

Selon Richard Handfield, propriétaire de la Pourvoirie Saint-Zénon, nulle part au monde il ne se pêche autant de truites mouchetées au kilomètre carré. «La clé de notre succès: notre proximité d’un grand centre urbain. Peu d’endroits sur la planète offrent autant de nature sauvage si près de la ville», dit-il.

Sur la route 131, les pourvoiries se succèdent les unes aux autres. Premier arrêt, le Pavillon Basilières, un établissement qui appartient à des Suisses. Peu après leur arrivée au Québec, il y a une douzaine d’années, Stéphane Borgeaud et son épouse, Corine Ruchet, ont acquis cette pourvoirie qui s’étend sur 20 km2. Leur but: profiter des grands espaces («Oui, c’est cliché», avoue Mme Ruchet) et bien sûr, pêcher. «Mais depuis, je n’ai plus jamais eu le temps de pêcher», rigole M. Borgeaud.

 

Chez Basilières, le territoire a subi peu de perturbations humaines. Les arbres sont matures et les 13 chalets rustiques, de petite taille, se fondent agréablement dans le décor. Deux d’entre eux sortent du lot en raison de leur cachet unique: le Belvédère et le Trappeur, construits à l’époque des clubs privés. En bois rond, ils sont construits si près de la rive qu’on a presque les pieds dans l’eau.

Sur ce territoire, deux lacs proposent des excursions de pêche mémorables: le lac Bernard, où il est possible de jeter sa ligne au pied d’une gigantesque falaise de 70 pieds, et le Laroche, un lac de tête alimenté uniquement par les eaux souterraines. En été, avec ses plages sablonneuses et son eau fraîche en permanence, c’est un paradis pour la pêche et la baignade.

Quelques kilomètres de plus sur la 131 et on débarque chez Réal Massé, l’une des pourvoiries les plus renommées du Québec. Ici, sur les berges du lac Clair se dresse un véritable petit village, avec son motel, son restaurant, ses petits chalets et ses voiturettes de golf pour se promener de lac en lac. Un peu à l’écart, une allée en pavé mène à une chapelle, lieu de mariages et de repos éternel, car les cendres de neuf personnes y reposent.

Chez Réal, on ne se fend pas en quatre pour pêcher du poisson. Les lacs débordent littéralement de truites. Attention, risque de tendinites tellement ça mord! «J’ensemence pour 600 000$ de truites par année. Personne n’en fait autant que moi au Québec», clame le chef des lieux. Le personnel éviscère et scelle sous vide les prises de la journée. En raison de ce traitement royal, Réal Massé attire une clientèle bien spéciale: 90% des clients sont des couples.

La route 131 nous mène ensuite à la pourvoirie Saint-Zénon, qui occupe un petit territoire de 11 km2. Ce pourvoyeur se vante de proposer un produit de plus en plus rare au Québec: la quiétude d’un seul chalet par lac. «Ici, on est assuré de pêcher seulement entre amis», dit Richard Handfield, propriétaire. Pas de trafic de chaloupes!

Seul son plus grand plan d’eau, le lac Bois-Franc, est desservi par trois chalets, en plus de trois nouvelles cabines en bois rond, avec toilette dans un pavillon extérieur. La qualité impeccable des chemins fait la fierté de M. Handfield. Même avec une petite voiture, on accède à tous les lacs en toute quiétude.

À un jet de pierre de là, la Pourvoirie Trudeau, qui gère un grand territoire de 52 km2 comprenant 27 lacs, accueille les amateurs de truites. Les deux vieux chalets du territoire, construits à l’époque du Matawin Fishing Club, constituent des destinations en soi. Sans électricité, éclairés au gaz et chauffés par un foyer de pierre, ces bâtiments nous transportent aux temps où seuls les notables et les Américains avaient accès au fabuleux lac Crépeau, de 4 km de long. Sauf que les clients leur préfèrent aujourd’hui les chalets modernes du lac Jobin (14 au total), branchés au réseau électrique. À l’évidence, le coureur des bois renonce difficilement au confort moderne!

Incursion dans les ZEC

Les limites de Saint-Zénon englobent en partie deux des ZEC les plus achalandées du Québec, la ZEC Lavigne et la ZEC des Nymphes. Ces territoires méconnus sont gérés par des associations y contrôlant la pêche, la chasse et le plein air. Ils accueillent à bras ouverts les pêcheurs à la journée.

Dans la ZEC Lavigne, des lacs sauvages, en veux-tu, en v’la. On en compte plus de 175 sur un territoire de 405 km2. «Si vous voulez un site de camping au bord de l’eau, sans voisins, c’est possible partout dans la ZEC», affirme Karl Lacouvée, superviseur.

Côté pêche, on y retrouve de la truite indigène en quantité. «Un biologiste travaille pour nous à temps plein pour augmenter la productivité de nos lacs», dit-il. La ZEC possède aussi 13 chalets en location. Des petits paradis à visiter en famille.